Jaws Article [fr]

La ruée vers l’or

J’ai arrêté de présenter mes dios dans des concours quand j’ai eu 20 ans. 

Déjà à l’époque je mettais tellement de moi-même dedans que je n’arrivais pas à  concilier ce que je pouvais vivre en temps normal et la fréquentation de bas du front fachos  à leurs heures qu’il m’arrivait de croiser lors d’évènements de ce genre.

J’étais mieux seul avec mes bouts de plastique et cet isolement volontaire dura plus de 15 ans.

Et puis l’an dernier j’ai découvert que l’un des 2 plus grands festivals de figurines en France se déroulait à 30 minutes de marche de chez moi. Alors j’y suis allé. Pas longtemps, vu que 10 minutes plus tard je prenais le tram en sens inverse en ressentant un inconfort extrême vis-à-vis de ce que j’avais vu tout en ne sachant pas réellement comment l’interpréter. Toute l’année qui a suivi j’ai cependant joué avec l’idée de présenter quelque-chose l’année suivante, histoire de voir ce que les gens pourraient penser de mes trucs en dehors du petit cercle d’amis qui chante mes louanges à chaque fois que je présente quelque-chose dans un forum.

Le mois de novembre est arrive et je n’avais toujours rien fait de bien probant. Je pouvais contempler dans mes cartons mon Galilée non terminé, mon Masséna encore à l’état de coque –autrement dit rien qui pourrait convenir. C’est comme ça que j’eus l’idée de faire un gamin se tenant debout dans la mâchoire peinte sur un bateau retourné. J’appellerais le diorama Jaws pour faire écho au titre Anglo-Saxon du film les Dents de la Mer.

Je me suis senti un peu con d’abandonner tous mes projets en cours pour tenter une ruée vers l’or mais j’embarquai néanmoins pour ce court voyage, espérant tout boucler à temps pour le concours le mois de février suivant.

Elco, how lame can you go

Comme d’hab il fallu que je trouve le bon bateau. Dilemme. Si personne ne me verra mort modeler de l’allemand 39-45, je m’étais fixé aussi comme idée de ne jamais modeler de l’anglais ou du ricain. N’allez pas chercher d’anti anglo-saxonisme de base là dedans, c’est juste que je n’aime pas les héros et que suis plus à l’aise avec les sous fifres de l’histoire. Pourtant j’ai dû me rendre à l’évidence : seuls les américains ont peint des mâchoires de requin sur leurs bateaux, et ce quelle que soit l’époque.


Je suis donc resté avec 4 différents types de bateaux en main .
J’exclu directement les Pibbers de la guerre du Vietnam simplement parce que ça n’aurait pas collé avec la période de l’histoire avec laquelle je suis le plus à l’aise. Non aussi pour les vedettes côtières de type Fairmile parce que je n’aime pas les lignes trop anguleuse du bateau. A un moment on m’a parlé du Pequod de Moby Dick qui porte  une sorte de bouche blanche près de l’étrave. Ça c’était une bonne idée mais il fallait que je peigne la bouche en rouge pour faire un meilleur contraste avec la couleur de l’eau. Et en plus je ne plaisante pas avec la grande littérature.
Le seul bateau qui restait sur ma liste était l’Elco.
Si j’ai toujours aimé les lignes agressives de ce petit torpilleur américain au point d’avoir gardé la maquette Revell non montée pendant 25 ans chez moi. J’ai quand même eu du mal à m’enthousiasmer pour un bateau qui a été décliné à toutes les échelles en maquette plastique. Pire encore, après avoir consulté le meilleur bouquin sur le sujet  "Allied Coastal Forces Of WWII: Vosper MTBs and US Elco” chez Conway, il m’est apparu que la seule série dont je suis sûr qu’au moins un bateau portait une tête de requin était la même que le 107 rendu fameux par Kennedy qui s’est fait couler avec. Alors me voilà en train de vouloir faire la maquette d’un des bateaux les plus connus de la 2° GM, et pire encore, il faudrait que je situe la scène dans les chaudes et joyeuses eaux du pacifique, en clair, faire un diorama qui n’avait rien à voir avec moi et mes gouts particuliers.


M’enfin d’autres choix j’en avais pas. Alors je me suis posé dès le départ comme condition que n’essaierais pas de récupérer un bout de la maquette Italeri histoire de faire un moule ou je ne sais quoi. Et puis c’est en passant du temps sur Google pour accumuler la doc que je suis tombé sur le petit plus qui me manquait pour faire partir les choses. Sur un bateau en cours de reconstitution aux States on voit nettement chacune des planches composant le bateau, et ce malgré les couches de peinture –une possibilité qui m’a été confirmée quand j’ai lu des pages concernant la construction du bateau elle-même : différentes couches de contre plaqué se recouvrant les unes les autres.
C’est quelque-chose qu’on ne voit pas trop sur les photos prises en opération, question d’éclairage ou de grain photo je ne sais pas trop pourquoi. Mais j’ai pensé que comme j’allais construire une épave je pouvais sûrement insister sur ces lignes de séparation comme base pour un weathering plutôt hard ainsi qu’orchestrer les différentes cassures de la coque en fonction de celles-ci.


En me servant des plans de qualité du bouquin mentionné je me suis décidé à fabriquer la partie avant du bateau, que je couperais de façon à ce que tout paraisse le plus gracieux possible, un peu comme une feuille d’arbre posée sur l’eau

La coque

Bien sûr si je voulais réussir ma coque, il fallait que l’intérieur soit creux, et donc que je trouve une solution pour. La façon la plus simple aurait été de faire une sorte de moule et de vacu former la coque dessus, mais bon il aurait fallu que je renonce à mon idée de planches. Pas de doutes il fallait d’abord faire un moule PUIS appliquer des « planches » dessus.
Alors j’ai commencé à dessiner les lignes complexes de la coque sur un logiciel de dessin vectoriel et ai réduit mon dessin à environ 95% afin que celui-ci respecte l’épaisseur des planches.  Comme il fallait que je prévoie une quille, j’ai enlevé 3mm d’épaisseur à l’endroit ou celle-ci devrait reposer.

111 drawing the plans for the Elco jaws diorama

J’ai été plutôt surprise par la quantité et la complexité des lignes qu’il a fallu que je dessine. Enfin quand tout fut fait, j’imprimais ça sur du papier, découpais vaguement les formes avec une paire de ciseaux, les collai à la Uhu sur de la carte plastique épaisseur 1 mm avant de les couper définitivement avec un X-Acto

112 Cross sections drawing the plans for the Elco jaws diorama113 Cutting the cross sections

Pour assembler le squelette de la coque proprement ditej, je me suis arrangé pour assembler les différentes formes à l’aide de rainures plus que pour un collage bourrin qui n’aurait pas tenu au vu des opérations que je comptais faire subir à ma forme.
En peu de temps j’eu une base en plastique quais parfaire et idéale pour ce que j’allais entreprendre

114 Assembling the platsic hull of the Elco

Mais avec quoi le remplir ce squelette ? j’ai bien pensé au départ utiliser de la mousse expansive, c’est léger mais ultra dégueu à manipuler alors je me suis résolu à utiliser du plâtre

115 Plaster for filling the hull of the Elco PT Boat

La partie remplissage s'est déroulée sans accrocs, il faut juste avoir les nerfs placés au bon endroit et utiliser du plâtre de bonne qualité. J'ai d'abord fait une pâte épaisse puis l'ai appliqué au couteau dans les trous en tournant la forme avec l'autre main de façon à ce que le ne coule pas trop. Quand ça coule, je rectifie au couteau. Lorsque le plâtre a commencé à bien prendre, j'ai adouci les formes en trempant un doigt dans l'eau.

Quand tout fut enfin bien sec, je rectifiai une nouvelle fois au couteau jusqu'à ce que la forme soit quasi parfaite

116 Elco PT Boat filling the hull

Quand tout a été fini j'ai réalisé que je n'avais pas réussi à faire une surface vraiment droite sous la coque, à l'endroit ou doit reposer la quille. Alors j'ai appliqué une bande de plastique à la bonne taille tout le long de la courbure de la coque en la collant sur le plastique du moule présent sur les angles. Une deuxième couche de plâtre par-dessus tout ça et hop, c'est parfait.

 

117 Elco PT Boat finishing the form of the hull

Tout ça était très bien mais avec quoi réaliser les planches elles-mêmes ? D'abord j'ai pensé utiliser du balsa ou un autre type de bois tendre, mais en même temps je ne voyais pas trop bien comment j'aurais pu le plier le long des dépressions diverses de la coque. Alors une fois de plus je me suis décidé à utiliser du Magic Sculp.

Je graissais une surface en verre avec de l'huile de cuisine et roullai un cylindre de mastic. Puis je créais la quille en pressant le mastic de chaque coté avec un réglet en métal de façon à reproduire la forme rectangulaire qui s'imposait.

Puis j'ai attendu que le mastic soit suffisamment sec pour ne plus pouvoir être déformé entre les doigts mais qu'il reste suffisamment souple pour pouvoir être tordu le long de la ligne qui définissait la quille sur mon moule.

Jba Diorama
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