Koktebel [fr]
1/ Le boulet familial
Peut-être certains d'entre vous ont–ils vu Bubbah Ho tep, chef d'œuvre américain d'humour triste.
A un moment du film le vieux monsieur vient de mourir et sa fille est là. Elle fouille dans ses affaires et tombe sur sa médaille de guerre. Elle y jette à peine un coup d'œil et la balance dans la poubelle.
Maintenant que croyez vous arrivera à nos chères petites maquettes le jour où nous aussi nous quitterons le monde des vivants ?
J'ai bien peur que le monde dans lequel je vis soit tellement étrange aux yeux des autres que mes dioramas ne touchent au final que moi et la dizaine d'âmes damnées qui me félicite à chaque fois que je poste des photos sur un site Internet.
Je ne me fais aucune illusion de ce qui arrivera à mes dioramas après ma mort et assez stupidement je dois dire, ça me préoccupe.
Parfois il m'arrive de penser à mon arrière grand père, un commerçant parisien qui avait sont violon d'Ingres. Il a peint des centaines de porcelaines au cours de sa vie en montrant un certain talent. Bien sûr cela fait maintenant quelques années que ma maman essaie de me refiler quelques assiettes chaque Noël au milieu de cadeaux plus utiles.
Pourquoi donc ces oeuvres se retrouvent elles disséminées dans la famille de génération en génération alors que la médaille militaire du film finit à la poubelle ? Mais c'est parce que arrière grand papa peignait la campagne, des oiseaux, des filles à grosses fesses et joues rouges.. des thèmes sans âge, des thèmes qui plaisent aux filles.
Alors je me suis dit comme ça que si je désarmais mes dioramas, si je me débrouillais pour qu'ils plaisent aux filles, peut être qu'on se souviendrait de moi en 2100 ? Peut-être que mes dioramas feraient de moi le boulet familial du siècle qui commence ?
2/ Une balade de santé en compagnie d’Aivazovski.
Au moment ou j’ai commencé ce diorama je venais d’en finir un autre de type pénible. Même si le résultat s’est montré très satisfaisant au final, la quantité de temps et d’efforts consacrés se sont montrés supérieurs à ce que je pouvais me permettre de consacrer.
Alors je décidai que le nouveau serait une balade de santé, quelque chose de très simple et en même temps quelque peu ambitieux et neuf.
Comme postulat de départ je me suis imposé de tout fabriquer moi-même –ce qui inclurait naturellement les figurines- et d’utiliser mes 20 ans d’expérience à sillonner les mers à l’échelle 1/35 pour créer une étendue d’eau extraordinaire.
Un soir en consultant mes livres de références –qui comprennent plus de livres d’art que de monographies de type Osprey, j’exhumai l’un de mes favoris, avec les tableaux de Ivan Aivazovski dedans.
Ce peintre russe a consacré 50 ans de sa vie à peindre la mer, les bateaux et les gens qui vont dessus.
Maintenant pas de quoi sauter au plafond non plus, beaucoup de ses tableaux sont des demi-plantages à mon goût. On y trouve souvent romantisme un peu cheap de type gondoles au clair de lune quand il ne s’agit pas d’hymnes pompeux à la gloire de la marine russe. Il n’empêche que ses meilleurs tableaux –«La 7° Vague », « La Mer Noire »- sont dignes de Turner.
Mais ce qui frappe dans son œuvre, c’est le naturel de ses mers, il les peint avec toutes les couleurs de l’arc en ciel et dans tous ses états. On sent qu’il était là.
Pour ce qui est de piquer des idées dans cette œuvre pour en faire des dioramas c’est autre chose parce que les couleurs qu’il affectionne sont les jaunes orangés, bleu vifs et sombres caractéristiques des lumières de fin de journée, et il est impossible d’obtenir cela sur un diorama parce qu’il n’y a théoriquement aucun moyen de pouvoir reproduire des ombres et des zones spéculaires –du moins tant qu’on ne construit pas de Shadow Box avec éclairage inclus façon Sheperd Paine.
C’est en ruminant sur l’injustice du monde un soir de printemps, que l’aide combinée d’une bouteille de bénédictine et d’excellente musique m’ont décidé de tout simplement ignorer ces problèmes.
Je ferais un rivage marin avec un bateau dessus mais j’utiliserais ces couleurs chaudes que l’on obtient près des bords de mer lorsque le soleil se couche. Si je prenais rendez-vous avec l’échec je serais le seul à le savoir.
3/ Un diorama c'est d'abord une idée et puis on trouve un véhicule qui cadre avec l'idée après et non pas le contraire.
Comme j'avais dans l'idée de placer un gamin au milieu du diorama, il a fallu que je trouve le bateau adéquat ce qui ne s'est pas révélé évident. Celui-ci devait idéalement être fin comme une flèche de façon à ce que l'enfant ne soit pas écrasé visuellement par une chaloupe ventrue.
Alors je me suis souvenu des premières pages de mon livre sur les torpilleurs russes qui montraient des gravures de bateaux fins comme des flèches avec des sortes de tubes qui leur sortaient du nez.
« Demande et tu recevras » qu'il est écrit et c'est ce que j'ai fait dans mes forums favoris. Le lendemain un maquettiste d'origine russe m'avait envoyé des plans impeccables tirés d'un vieux magazine qui montraient ce magnifique bateau appelé « la Folie » que je visualisai immédiatement en épave magnifique.
Bien sûr une fois nanti de documents de qualité et d'une idée de diorama en béton (au moins), faire les plans s'est révélé être un jeu d'enfant vu que toutes les dimensions devaient être calculées en fonction de la stature du gamin qui se trouverait au milieu du diorama.
Bien sûr celui-ci ne devait pas être trop grand afin que l'œil du spectateur ne soit pas dispersé par des détails parasites.
Après avoir découpé différentes vues de la Folie et les avoir arrangées sur un bout de papier, j'optai finalement pour une base de taille 22x16cm. (pic 2)
Mon idée originelle était de faire un diorama de type premier plan/ plan intermédiaire / arrière plan (ce qui aurait donné ici mer/gamin et bateau/ sable en arrière plan).
Mais je me suis rendu compte que j’avais fait un diorama donbt les différents éléments étaient positionnés de la même façon il y a plus de 10 ans et me suis souvenu des raisons pour lesquelles je n’en avais pas été totalement satisfait.
C’est qu’un diorama n’est pas une peinture. Même si on favorisera toujours un angle de vue quand on travaillera, un diorama reste un objet 3D qui doit être visible à 360° depuis tout angle imaginable sans aucun effort de la part du spectateur. Donc l’idée de penser la composition d’un diorama en termes de plans comme si on assumait qu’il serait toujours observé de façon frontale est mauvaise à mon sens.
Alors j’arrangerais les différents éléments –mer, bouts de bateaux et sable de façon à ce qu’ils s’articulent autour du gamin, comme s’il se trouvait au milieu d’une scène semi chaotique.
Au rayon couleur, je me suis décidé à créer une mer d’un bleu profond avec la crête des vagues d’une couleur plus pâle –avec un peu de rouge ajouté à mon mélange. Comme le soleil est sensé se coucher face au gamin, la partie basse du sable et des dunes serait resterait dans l’ombre (couleurs violacées) alors que le sommet de la dune serait d’une belle couleur jaune orangée.
Le bateau serait quand à lui peint de teintes plus claires au sommet - le gamin porterait quand à lui une chemise blanche ce qui permettrait à la couleur de trancher face aux teintes plus sombres –en particulier le bleu de la mer. (pic 3)
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