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La ruée vers l’or

J’ai arrêté de présenter mes dios dans des concours quand j’ai eu 20 ans. 

Déjà à l’époque je mettais tellement de moi-même dedans que je n’arrivais pas à  concilier ce que je pouvais vivre en temps normal et la fréquentation de bas du front fachos  à leurs heures qu’il m’arrivait de croiser lors d’évènements de ce genre.

J’étais mieux seul avec mes bouts de plastique et cet isolement volontaire dura plus de 15 ans.

Et puis l’an dernier j’ai découvert que l’un des 2 plus grands festivals de figurines en France se déroulait à 30 minutes de marche de chez moi. Alors j’y suis allé. Pas longtemps, vu que 10 minutes plus tard je prenais le tram en sens inverse en ressentant un inconfort extrême vis-à-vis de ce que j’avais vu tout en ne sachant pas réellement comment l’interpréter. Toute l’année qui a suivi j’ai cependant joué avec l’idée de présenter quelque-chose l’année suivante, histoire de voir ce que les gens pourraient penser de mes trucs en dehors du petit cercle d’amis qui chante mes louanges à chaque fois que je présente quelque-chose dans un forum.

Le mois de novembre est arrive et je n’avais toujours rien fait de bien probant. Je pouvais contempler dans mes cartons mon Galilée non terminé, mon Masséna encore à l’état de coque –autrement dit rien qui pourrait convenir. C’est comme ça que j’eus l’idée de faire un gamin se tenant debout dans la mâchoire peinte sur un bateau retourné. J’appellerais le diorama Jaws pour faire écho au titre Anglo-Saxon du film les Dents de la Mer.

Je me suis senti un peu con d’abandonner tous mes projets en cours pour tenter une ruée vers l’or mais j’embarquai néanmoins pour ce court voyage, espérant tout boucler à temps pour le concours le mois de février suivant.

Elco, how lame can you go

Comme d’hab il fallu que je trouve le bon bateau. Dilemme. Si personne ne me verra mort modeler de l’allemand 39-45, je m’étais fixé aussi comme idée de ne jamais modeler de l’anglais ou du ricain. N’allez pas chercher d’anti anglo-saxonisme de base là dedans, c’est juste que je n’aime pas les héros et que suis plus à l’aise avec les sous fifres de l’histoire. Pourtant j’ai dû me rendre à l’évidence : seuls les américains ont peint des mâchoires de requin sur leurs bateaux, et ce quelle que soit l’époque.

Je suis donc resté avec 4 différents types de bateaux en main .
J’exclu directement les Pibbers de la guerre du Vietnam simplement parce que ça n’aurait pas collé avec la période de l’histoire avec laquelle je suis le plus à l’aise. Non aussi pour les vedettes côtières de type Fairmile parce que je n’aime pas les lignes trop anguleuse du bateau. A un moment on m’a parlé du Pequod de Moby Dick qui porte  une sorte de bouche blanche près de l’étrave. Ça c’était une bonne idée mais il fallait que je peigne la bouche en rouge pour faire un meilleur contraste avec la couleur de l’eau. Et en plus je ne plaisante pas avec la grande littérature.
Le seul bateau qui restait sur ma liste était l’Elco.
Si j’ai toujours aimé les lignes agressives de ce petit torpilleur américain au point d’avoir gardé la maquette Revell non montée pendant 25 ans chez moi. J’ai quand même eu du mal à m’enthousiasmer pour un bateau qui a été décliné à toutes les échelles en maquette plastique. Pire encore, après avoir consulté le meilleur bouquin sur le sujet  "Allied Coastal Forces Of WWII: Vosper MTBs and US Elco” chez Conway, il m’est apparu que la seule série dont je suis sûr qu’au moins un bateau portait une tête de requin était la même que le 107 rendu fameux par Kennedy qui s’est fait couler avec. Alors me voilà en train de vouloir faire la maquette d’un des bateaux les plus connus de la 2° GM, et pire encore, il faudrait que je situe la scène dans les chaudes et joyeuses eaux du pacifique, en clair, faire un diorama qui n’avait rien à voir avec moi et mes gouts particuliers.

M’enfin d’autres choix j’en avais pas. Alors je me suis posé dès le départ comme condition que n’essaierais pas de récupérer un bout de la maquette Italeri histoire de faire un moule ou je ne sais quoi. Et puis c’est en passant du temps sur Google pour accumuler la doc que je suis tombé sur le petit plus qui me manquait pour faire partir les choses. Sur un bateau en cours de reconstitution aux States on voit nettement chacune des planches composant le bateau, et ce malgré les couches de peinture –une possibilité qui m’a été confirmée quand j’ai lu des pages concernant la construction du bateau elle-même : différentes couches de contre plaqué se recouvrant les unes les autres.
C’est quelque-chose qu’on ne voit pas trop sur les photos prises en opération, question d’éclairage ou de grain photo je ne sais pas trop pourquoi. Mais j’ai pensé que comme j’allais construire une épave je pouvais sûrement insister sur ces lignes de séparation comme base pour un weathering plutôt hard ainsi qu’orchestrer les différentes cassures de la coque en fonction de celles-ci.

En me servant des plans de qualité du bouquin mentionné je me suis décidé à fabriquer la partie avant du bateau, que je couperais de façon à ce que tout paraisse le plus gracieux possible, un peu comme une feuille d’arbre posée sur l’eau

La coque

Bien sûr si je voulais réussir ma coque, il fallait que l’intérieur soit creux, et donc que je trouve une solution pour. La façon la plus simple aurait été de faire une sorte de moule et de vacu former la coque dessus, mais bon il aurait fallu que je renonce à mon idée de planches. Pas de doutes il fallait d’abord faire un moule PUIS appliquer des « planches » dessus.
Alors j’ai commencé à dessiner les lignes complexes de la coque sur un logiciel de dessin vectoriel et ai réduit mon dessin à environ 95% afin que celui-ci respecte l’épaisseur des planches.  Comme il fallait que je prévoie une quille, j’ai enlevé 3mm d’épaisseur à l’endroit ou celle-ci devrait reposer.

drawing the plans for the Elco jaws diorama

J’ai été plutôt surprise par la quantité et la complexité des lignes qu’il a fallu que je dessine. Enfin quand tout fut fait, j’imprimais ça sur du papier, découpais vaguement les formes avec une paire de ciseaux, les collai à la Uhu sur de la carte plastique épaisseur 1 mm avant de les couper définitivement avec un X-Acto

Cross sections drawing the plans for the Elco jaws diorama Cutting the cross sections

Pour assembler le squelette de la coque proprement ditej, je me suis arrangé pour assembler les différentes formes à l’aide de rainures plus que pour un collage bourrin qui n’aurait pas tenu au vu des opérations que je comptais faire subir à ma forme.
En peu de temps j’eu une base en plastique quais parfaire et idéale pour ce que j’allais entreprendre

Assembling the platsic hull of the Elco

Mais avec quoi le remplir ce squelette ? j’ai bien pensé au départ utiliser de la mousse expansive, c’est léger mais ultra dégueu à manipuler alors je me suis résolu à utiliser du plâtre

Plaster for filling the hull of the Elco PT Boat

La partie remplissage s'est déroulée sans accrocs, il faut juste avoir les nerfs placés au bon endroit et utiliser du plâtre de bonne qualité. J'ai d'abord fait une pâte épaisse puis l'ai appliqué au couteau dans les trous en tournant la forme avec l'autre main de façon à ce que le ne coule pas trop. Quand ça coule, je rectifie au couteau. Lorsque le plâtre a commencé à bien prendre, j'ai adouci les formes en trempant un doigt dans l'eau.

Quand tout fut enfin bien sec, je rectifiai une nouvelle fois au couteau jusqu'à ce que la forme soit quasi parfaite

Elco PT Boat filling the hull

Quand tout a été fini j'ai réalisé que je n'avais pas réussi à faire une surface vraiment droite sous la coque, à l'endroit ou doit reposer la quille. Alors j'ai appliqué une bande de plastique à la bonne taille tout le long de la courbure de la coque en la collant sur le plastique du moule présent sur les angles. Une deuxième couche de plâtre par-dessus tout ça et hop, c'est parfait.

 

Elco PT Boat  finishing the form of the hull

Tout ça était très bien mais avec quoi réaliser les planches elles-mêmes ? D'abord j'ai pensé utiliser du balsa ou un autre type de bois tendre, mais en même temps je ne voyais pas trop bien comment j'aurais pu le plier le long des dépressions diverses de la coque. Alors une fois de plus je me suis décidé à utiliser du Magic Sculp.

Je graissais une surface en verre avec de l'huile de cuisine et roullai un cylindre de mastic. Puis je créais la quille en pressant le mastic de chaque coté avec un réglet en métal de façon à reproduire la forme rectangulaire qui s'imposait.

Puis j'ai attendu que le mastic soit suffisamment sec pour ne plus pouvoir être déformé entre les doigts mais qu'il reste suffisamment souple pour pouvoir être tordu le long de la ligne qui définissait la quille sur mon moule.

Magic Sculp planks for the Elco PT Boat Elco PT Boat adding planks Planking the Elco

La technique pour réaliser les planches a en gros été la même : une fine couche de Magic Sculp pressée entre deux plaques de verre graissées. Lorsque le mastic a commencé a sécher, j'ai coupé les planches et les ai pressé contre le moule.Notez qu'une couche plus épaisse a été appliquée au milieu de façon à représenter la ligne présente sur les plans.

Comme le Magic Sculp lui-même était couvert de graisse, je n'ai eu aucun souci à démouler les différentes planches quand le tout fut complètement sec. Par contre les planches avaient tendance à se désolidariser les unes des autres au moindre choc.

Quand je me suis rendu compte que je ne pouvais pas faire mieux, j'ai appliqué d'épaisses couches de mastic tamiya et passé l'ensemble au papier de verre une fois sec de façon à ce que seules certaines lignes apparaissent au final.

Sanding the Elco PT Boat Elco PT Boat sanding and triimming Elco PT Boat the underside

Quand l'extérieur fut enfin finit j''attaquai l'intérieur. Encore une fois l'aide du bouquin Conway s'est révélée essentielle. En effet que trouve t -on sous la proue d'un Elco ? Toilettes, évier et plaque chauffante, ainsi qu'un endroit de stockage pour cordes et autres. Je décidai d'ignorer tout ça puisqu'on ne pourrait sûrement pas voir grand-chose vu que l'ensemble se situerait au maximum à 2 cm au dessus du niveau de l'eau. Alors j'ai décidé de créer seulement les structures de renfort internes du bateau.

En utilisant différentes épaisseur de cartes plastique et en m'aidant du bouquin je reproduisis donc tous les détails et lignes de structure internes. J'ai eu un peu de mal à fixer l'ensemble. J'ai dû noyer le tout sous des trombes de superglue, utiliser des tonnes de mastic Tamiya et même de Magic Sculp pour cacher la misère et être sûr que tous les bouts de « bois » se recouvraient bien (c'est fou ce que je deviens pas bon quand au final ça ne se verra pas)

Elco PT Boat the underside in 1/35

Bien sûr le brut de décoffrage était loin d'être satisfaisant -bien qu'avec ma petite règle en métal je suis parvenu à faire en sorte que la plupart des planches soient posées bien droites, elles étaient toutes d'une épaisseur différente ce qui a signifié que je me suis bien amusé à poncer le tout le lendemain. Bien sûr toutes les parties surnuméraires furent réduites à la scie.{C}

La mer de plâtre

Habituellement l'ordre dans lequel je bosse est toujours immuable, et les étendues d'eau de mes dioramas sont toujours ce que je fais en avant dernier, avant la peinture des figurines pour être précis. Mais là il a fallu que je m'en occupe bien avant au vu du problème particulier qui se posait. En effet je voulais créer une mer assez rude de façon à ce que le sommet des vagues puisse aller avec la forme triangulaire de ma coque. En clair je ne pouvais pas me contenter de verser une certaine quantité de résine puis de la relever au moyen d'un cure dent comme on voit dans les bouquins. Non il fallait faire un moule pour la flotte. Mais bon, comment faire vu qu'une partie de la coque resterait prisonnière à l'intérieur du moule et que la mer passait par-dessus la coque ?

A form for the sea for the jaws diorama in 1/35 A form for the sea for the jaws diorama in 1/35

D'abord j'ai fait le moule lui-même à l'aide de balsa collé puis renforcé avec de la pâte à modeler. J'ai mis le bateau au milieu puis ai généreusement graissé l'ensemble.

Retour au plâtre : je versai une copieuse quantité du matériau dans le moule et procédai de sculpter les vagues elles-mêmes. Ma technique est toujours la même : je passe un petit moment sur internet à regarder des photos de mer démontée, puis je bois un coup de flotte et je me lance. Je laisse mes mains travailler pour moi en y pensant le moins possible et tout prend forme, quand ça se passe bien c'est vraiment un sentiment unique et je dirais même que c'est pour ces rares moments ou j'ai l'impression de me connecter avec autre chose qui me dépasse que je fais ces dioramas, j'interprète ça comme étant des raccourcis entre moi et la matière ou je réussis à ignorer complètement mon cerveau pour me concentrer uniquement sur du ressenti. La pire erreur que je pourrais faire serait d'imprimer des photos et de les laisser devant moi quand je bosse. En effet je perdrais le contact visuel avec ce que je sculpte trop souvent et perdrais ma concentration si je procédais comme ça.

A plaster sea  for the sea for the jaws diorama in 1/35

j'ai quand même recollé les pièces en utilisant un peu de plâtre pour cacher les joints, créais un nouveau cadre en balsa et pate à modeler plus grand que le moule et versai le reste de mon silicone restant du diorama Koktebel ce qui fut une bonne surprise parce qu'il y avait marqué sur le pot que l'ensemble serait inutilisable 6 mois après ouverture et que le pot avait déjà probablement supporté des températures négatives dans mon appentis de jardin.

Breaking the form Silicon for the 1/35 sea formA form for the sea  jaws diorama in 1/35

Il n'y a rien à signaler particulièrement au sujet de cette étape sinon que j'ai utilisé un vieux pinceau pour pousser au maximum le silicone dans le creux, en particulier ceux créés par la forme de ma coque de bateau.

The jaws on the Elco PT Boat

 

Painting on the jaws on the Elco PT Boat

Peindre au milieu des requins.

 Bien sûr je me suis servi de cet excellent dégraissant qui est vendu sous le nom de substitut de trichloréthylène pour virer toute la graisse de mon bateau avant de passer une sous-couche en spray blanc tamiya -ce qui m'a au passage donné la bonne couleur pour les dents de mon requin.

Je suis donc retourné à mon ordinateur le temps de dessiner et imprimer les dents du requin au utilisant les références que j'avais de disponibles (essentiellement ces photos de Elco à dents de requin prise d'un bateau en restauration)

The jaws on the Elco PT Boat more paint

Je collai de la bande de masque de chez Tamiya sur un morceau de verre de façon à pouvoir le récupérer sans problèmes par la suite sans qu'il ai perdu ses propriétés collantes, fixai mon modèle par-dessus  et entreprit  de découper les dents avec un X-Acto. J'avais eu la bonne diée de les numéroter avec un style et malgré ça j'ai eu des soucis pour les fixer correctement.

J'ai passé maladroitement une couche de rouge à l'aérographe par-dessus, la façon dont j'ai fait ça mérite d'être mentionnée, en effet, le rouge est plus clair sur le sommet de la coque qu' au dessous à l'endroit ou se trouve l'eau. J'ai réappliqué cette méthode pour toutes les autres couleurs par la suite : par exemple la couche de peinture située sous la coque est d'un brun presque rouge le long de la quille alors qu'elle est d'un brun très sombre près de l'eau.

The hull of the 1/35 Elco finally painted

Bien sûr il ne s'agissait que de sous couches parce que la vraie peinture c'est celle que je fais avec ma technique de mouillé sur mouillé. J'applique d'abord de l'eau avec un pinceau sur la surface que je veux peindre et applique, pousse tapote de la peinture plus ou moins diluée par dessus. Quelques fois je dilue la peinture avec des encres Citadel pour donner un effet vaguement brillant. Le truc c'est de pas hésiter à passer des heures sur quelques centimètres carrés. Et puis je peux aussi cacher de nombreuses petites imperfections de cette façon ce qui m'aurait été impossible si j'avais essayé des techniques de type drybrushing.

Finalement j'appliquai une sorte de ligne blanche très diluée le long de la coque pour  figurer une trainée de sel.

Weathering the hull

Retour à l'eau et à la sueur

Depuis que bébé est né voici 2 ans, ma femme a déclaré la guerre à mes dioramas en objectant avec raison que la résine polyester que j'utilise était dangereuse pour la santé et que les vapeurs qu'elle dégage continuent à se déverser une fois le diorama fini pratiquement pour toujours. Alors j'ai du déménager mes dios dans la cabane de jardin et changer de produit. Maintenant j'utilise de la résine Epoxy qui a comme avantage d'être inerte après une semaine de séchage. Gros inconvénient par contre, elle met très longtemps à sécher et coute pratiquement trois fois plus cher que la polyester. Son seul réel point fort concernant les dioramas est qu'elle ne réduit pratiquement pas au séchage.

La preparation des couleurs elle-même ne prend pratiquement pas de temps mais peut couter cher en fonction des couleurs utilisées vu que j'utilise des huiles transparentes pour se faire. Je suis parti sur des teintes plutôt vertes pour faire un chouette contraste avec le rouge de la coque, et parti sur un vert très sombre presque noir pour la partie de l'eau située sous la coque.

J'appliquai une première couche de résine complètement transparente dans le moule de façon à avoir le sommet des vagues le plus transparent possible afin que la coque puisse se voir à travers l'eau. La deuxième couche a été peut teintée avec du verre. J'ai laissé sécher en gros 24 heures avant de passer la couche principale en deux étapes : du vert presque noir comme teinture pour l'endroit ou la coque viendrait se poser et un vert plus normal pour le reste de l'étendue d'eau.

A resin sea for the Jaws Diorama

Soyons clairs, quelles que soient les jolies couleurs de ma flotte, le bateau n'était toujours pas positionné à l'intérieur de l'eau. Je m'en suis sorti en constatant que comme la résine Epoxy prend un temps fou pour sécher complètement, les 4 couches qui constituaient le bloc étaient encore vaguement ployables et même déchirables. Alors j'ai pris des gants industriels, ai démoulé l'eau rapidement et littéralement déchiré la résine. J'ai fourré le bateau dans l'ouverture et refermé l'ouverture en la maintenant fermée autour de la coque avec un petit étau. Et tout a fini de sécher normalement.

Quand ça a été fait, l'étape suivante a été  de peindre une première couche de petites vagues, alors j'ai utilisé mon truc habituel : mélange d'eau de gel acrylique transparent brillant et d'un peu de peinture blanche et oublié les mouvements que faisaient mes doigts jusqu'à ce que l'ensemble me convienne. Mais en fait ce premier essai ne m'a pas convaincu mais ce n'a pas été grave vu que de nombreuses couches allaient suivre.

A resin sea for the Jaws Diorama

Pas de doutes messieurs, si vous voulez faire une flotte réaliste, vous devez créer des zones spéculaires et d'autres très foncées, comme si vous peigniez une figurine. Alors j'ai teinté de vert sombre et de noir un peu de résine et l'ai appliqué dans tous les creux, plus particulièrement sous la coque renversée du bateau. Quand la résine a commencé à sécher j'ai repoussé celle-ci le long des bords afin d'obtenir une plus grande échelle de dégradé des teintes. Encore une couche de vaguelettes, puis une autre couche de couleur bleu-vert de base peu chargée pour égaliser l'ensemble et encore une couche de vaguelettes j'ai pu souffler

A resin sea for the Jaws Diorama

 

A resin sea for the Jaws Diorama painting the ripples

Enfin j'ai réalisé que l'emplacement ou j'avais arraché la résine présentait encore quelques joints plutôt disgracieux, alors j'ai tenté de cacher la misère en rajoutant quelques petites vaguelettes à l'endroit précis. Si la couleur et la brillance était OK dans l'ensemble il me manquait encore un mini texture sur les vagues elles mêmes, pour la reproduire, j'ai dû utiliser du Microscale Microclear qui est une sorte de vernis très épais qui laisse beaucoup de relief sur la résine quand on l'applique en tapotant avec un pinceau. LE produit laisse au début une grosse épaisseur de pâte blanche sur  l'eau ce qui fait un peu peur, mais celle-ci sèche de façon transparente très rapidement par la suite.

Les dernières couches sur le diorama

A resin sea for the Jaws Diorama

Le gamin

La Sculpture et surtout la peinture des figurines sont réellement le gros point faible de mes dioramas et ça fait des années que je le sais. Ça m'ennuie, j'essaie de faire de gros efforts à chaque fois pour remédier à cette faiblesse. Je progresse mais ce n'est toujours pas tout à fait ça. Pas de chance quand on essaie justement de se présenter à un concours de figurines. C'est pour ça que j'ai pris la décision en amont de ne jamais présenter ce diorama si la sculpture de la figurine n'était pas de qualité pro. Et pour ça j'étais prêt à faire et refaire ce gamin jusqu'à temps que le résultat me convienne. D'abord j'ai passé du temps à essayer de déterminer ce que je voulais vraiment : une balance parfaite et une harmonie totale entre la mer le bateau et le gamin. Celui-ci serait légèrement penché en avant en semblant utiliser son propre mouvement en avant pour tenir debout sur un angle de bateau probablement très inconfortable. Je voulais créer un sentiment de légèreté, le gamin lui-même serait fin avec de longs membres de façon à ce qu'on aie pu penser qu'il n'aie plus eu qu'à étendre des ailes invisibles pour s'envoler.

The 1/35 Kid for the jaws diorama

The 1/35 Kid for the jaws diorama

Et puis -en lorgnant sur les premières minutes du génial « the Thin red Line » de Terrence Mallick- j'ai pensé que tant qu'à situer le diorama dans le pacifique ça ne serait pas plus mal que je fasse un polynésien ou un Philippin. Les premières étapes de la sculpture proprement dites n'ont rien eu d'originales en elles mêmes vu que j'utilise des bouts de ferraille pour faire les bras et les jambes que je plante dans un bout de Magic Sculp sensé représenter le corps. Puis j'habille la figurine avec d'avantage de Magic Sculp au fur et à mesure du séchage des couches précédentes. A ce stade il est clair que ce qui est le plus difficile à créer sont les bras et les jambes. Pour ceci j'utilise de petits bouts de Duro que je fixe au bout de chacun des membres pour figurer les moignons. Le duro est bien meilleur que le Magic Sculp à ce stade parce qu'il prend mieux les détails, est plus flexible donc plus solide face aux manipulations et choc et surtout ça colle très bien à tout support. Puis je fais un fil de Magic Sculp, détache de petits bouts avec le scalpel et attache les doigts un à un quand les moignons sont bien secs. Pour les doigts de pied, je fixe un autre petit bout de Duro et j'individualise les doigts au scalpel. Bien sûr j'ai du faire un montage à sec des pieds sur la quille du bateau avant de fixer définitivement l'angle des pieds de façon à ce que sa disposition atteigne une sorte d'équilibre parfait.

Bien sûr tous ces efforts seraient réduits à néant si je me réveillai incapable de sculpter la tête correspondante. Le premier jour j'ai juste sculpté une sorte de tête d'épingle en Magic Sculp avec une grosse base de façon à ce que l'ensemble soit manipulable sans problèmes par la suite. Puis le lendemain après séchage j'ai créé la forme globale du crâne avec les trous pour les yeux.  Le 3° jour les choses sérieuses ont commencé avec la sculpture du nez et de la bouche (à ce stade on a vraiment besoin que de très peu de matériel, et souvent l'application se fait au pinceau 00.Enfin je sculptai des oreilles et des cheveux en Duro. Finalement j'attachai la tête au corps en utilisant du fil de fer et voilà le travail terminé -enfin, après de nombreuses heures de ponçage et autres ajustements jusqu'à temps que je soie totalement satisfait du résultat.

The 1/35 Kid for the jaws diorama

Tout d'abord je me suis efforcé de peindre le gamin avec des acryliques, mais je ne sais pas pourquoi dès que je touche à ces peintures pour des figurines, j'essaie d'appliquer mes techniques de peintures de coque de bateau et j'aboutis à des résultats rarement satisfaisants, mais j'étais pris par le temps et c'est comme ça que j'ai présenté la figurine à Lugdunum. Une semaine plus tard alors que je tenais dans mes mains ma grosse médaille, j'entrepris de la repeindre entièrement avec des huiles cette fois-ci, et c'est cette version finale que vous voyez ici sur les photos.

A ce stade je dois rappeler un élément qui peut paraître anodin au premier abord mais qui est en fait essentiel : c'est-à-dire la façon que j'ai eue de fixer le gamin sur la coque. D'abord j'ai percé un mini trou dans le pied, puis dans la coque et j'ai fait partir un mince fil de fer pour relier les deux. Puis j'ai carrément rebouché la coque avec du mastic subséquemment repeint  à l'endroit de la jointure. En effet il m'aurait été quasi impossible de bouger le diorama sans casser la fig si je m'étais contenté de la coller vu que le point de contact était trop petit. Une fois que ce fut finit j'eus un diorama dont je pouvais raisonnablement être fier.

The 1/35 Kid for the jaws diorama finished

Une mer de gris.

Alors me voila me pointant à Lugdunum 2009 avec mon petit diorama sous le bras. La rigolade a commencé au moment ou les juges ont commencé à se gratter la tête pour savoir dans quelle catégorie l'inscrire. Finalement ils m'ont casé dans « Historique Espoirs ». Pas de « confirmé » pour moi ? ah bon. Je suis allé voir ce qui était déjà exposé et quittai la salle plus que vaguement perplexe au vu de la concurrence mais toujours sans pouvoir mettre le doigt sur ce qui me gênait tant.

Et puis le lendemain j'ai fait la connaissance d'un collègue astucieux -le genre de gars qui prend sa bagnole dès qu'il y a  la queue d'un concours de maquettes à 500 bornes de chez lui. A un moment de la conversation il m'a emmené voir une tête d'orc qu'il trouvait particulièrement réussie, et c'est en voyant cette figure mélancolique et toute ridée que j'ai vu la lumière. Ou plus exactement que je n'ai plus rien vu du tout.

Je me trouvais plongé au milieu d'une sorte de brouillard gris

Quelle que soit la quantité de lumière qu'on aurait déversé sur ces figurines, elles semblaient toutes peintes de la même façon. Comme si tous utilisaient la même recette, suivaient les mêmes règles. Et en effet toutes semblaient avoir reçu une sous-couche de gris qui transparaissait à travers toutes les peintures, qu'ils 'agissent d'un uniforme napoléonien ou d'un orc. On voyait les mêmes poches sous les yeux trop marquées et trop d'ombres sur les visages.. J'ai fait remarquer ça a mon nouvel ami de façon plutôt emportée et ça l'a fait rire. Il me dit « Je vois ce que tu veux dire et dans l'ensemble je suis d'accord avec toi. Que tu le veuilles ou non, Diego Ruina gagne tous les concours auxquels il se présente et donc -comme il gagne- tout le monde essaie de peindre comme Diego Ruina ce qui donne cette uniformité que tu dénonces. Mais tu crois que c'est mieux dans les dioramas avec des tanks dessus ? Tout le monde essaie d'imiter Mig dans ce monde là, et le résultat est encore pire vu que pratiquement personne ne sait utiliser correctement les pigments. »

Alors comme ça c'est perdu d'avance? Mais tous ces petits robots peintres oublient une chose, c'est que rien de ce qu'ils font n'a d'âme, tous faisaient les mêmes erreurs. De superbes ombres sur des pantalons ou des chemises mais absolument rien sur les éléments architecturaux disposés aux alentours. Des petits bouts d'herbe pathétiques faits de poils de balai arrachés à la hâte -ou pire, tirées de planches de photodécoupe, des figurines éparpillées sur des surfaces trop grandes -c'est sûr qu'on a le temps de bien voir chaque figurine peinte exquisément mais bon, la scène ne ressemble plus à rien au final etc etc . Si peu de talent en somme. Évidemment à coté de toute cette avalanche de précision en peinture de figurines ma figurine semblait peinte par un parkinsonien mais qu'est ce qu'elle vomissait la couleur au milieu de la mer de gris !

Alors je suis revenu chez moi le cœur léger, persuadé de la justesse de ma vision des choses, me disant que quelques années de pratique ainsi qu'un bon optivisor pourraient me propulser à l'endroit ou je veux aller.

En fin de course je suis assez satisfait de voir qu'au final Jaws produit de bonnes vibrations vu qu'aucun de mes anciens dios n'a eu autant de succès en dehors du monde de la maquette. Les gens semblent le voir comme étant un travail relaxé et positif ce qu'il n'est pas en réalité. Au final j'ai construit ma propre interprétation pour Jaws. Ce boulot reflète mes propres inquiétudes par rapport au fait d'avoir un enfant en ce bas monde, un avenir incertain devant et derrière, le doute au dessus et le danger au dessous.

Au final je voudrais remercier Kitmaker mais aussi les colleurs de plastique et leur forum qui m'a montré que certaines personnes dans le monde de la maquette francophone valaient la peine d'être rencontrés, mais désolé, je ne pense pas que vous me reverrez l'an prochain à Lugdunum, une fois c'est assez pour une vie je suppose.