Tout d'abord je me suis efforcé de peindre le gamin avec des acryliques, mais je ne sais pas pourquoi dès que je touche à ces peintures pour des figurines, j'essaie d'appliquer mes techniques de peintures de coque de bateau et j'aboutis à des résultats rarement satisfaisants, mais j'étais pris par le temps et c'est comme ça que j'ai présenté la figurine à Lugdunum. Une semaine plus tard alors que je tenais dans mes mains ma grosse médaille, j'entrepris de la repeindre entièrement avec des huiles cette fois-ci, et c'est cette version finale que vous voyez ici sur les photos.
A ce stade je dois rappeler un élément qui peut paraître anodin au premier abord mais qui est en fait essentiel : c'est-à-dire la façon que j'ai eue de fixer le gamin sur la coque. D'abord j'ai percé un mini trou dans le pied, puis dans la coque et j'ai fait partir un mince fil de fer pour relier les deux. Puis j'ai carrément rebouché la coque avec du mastic subséquemment repeint à l'endroit de la jointure. En effet il m'aurait été quasi impossible de bouger le diorama sans casser la fig si je m'étais contenté de la coller vu que le point de contact était trop petit. Une fois que ce fut finit j'eus un diorama dont je pouvais raisonnablement être fier.
Une mer de gris.
Alors me voila me pointant à Lugdunum 2009 avec mon petit diorama sous le bras. La rigolade a commencé au moment ou les juges ont commencé à se gratter la tête pour savoir dans quelle catégorie l'inscrire. Finalement ils m'ont casé dans « Historique Espoirs ». Pas de « confirmé » pour moi ? ah bon. Je suis allé voir ce qui était déjà exposé et quittai la salle plus que vaguement perplexe au vu de la concurrence mais toujours sans pouvoir mettre le doigt sur ce qui me gênait tant.
Et puis le lendemain j'ai fait la connaissance d'un collègue astucieux -le genre de gars qui prend sa bagnole dès qu'il y a la queue d'un concours de maquettes à 500 bornes de chez lui. A un moment de la conversation il m'a emmené voir une tête d'orc qu'il trouvait particulièrement réussie, et c'est en voyant cette figure mélancolique et toute ridée que j'ai vu la lumière. Ou plus exactement que je n'ai plus rien vu du tout.
Je me trouvais plongé au milieu d'une sorte de brouillard gris
Quelle que soit la quantité de lumière qu'on aurait déversé sur ces figurines, elles semblaient toutes peintes de la même façon. Comme si tous utilisaient la même recette, suivaient les mêmes règles. Et en effet toutes semblaient avoir reçu une sous-couche de gris qui transparaissait à travers toutes les peintures, qu'ils 'agissent d'un uniforme napoléonien ou d'un orc. On voyait les mêmes poches sous les yeux trop marquées et trop d'ombres sur les visages.. J'ai fait remarquer ça a mon nouvel ami de façon plutôt emportée et ça l'a fait rire. Il me dit « Je vois ce que tu veux dire et dans l'ensemble je suis d'accord avec toi. Que tu le veuilles ou non, Diego Ruina gagne tous les concours auxquels il se présente et donc -comme il gagne- tout le monde essaie de peindre comme Diego Ruina ce qui donne cette uniformité que tu dénonces. Mais tu crois que c'est mieux dans les dioramas avec des tanks dessus ? Tout le monde essaie d'imiter Mig dans ce monde là, et le résultat est encore pire vu que pratiquement personne ne sait utiliser correctement les pigments. »
Alors comme ça c'est perdu d'avance? Mais tous ces petits robots peintres oublient une chose, c'est que rien de ce qu'ils font n'a d'âme, tous faisaient les mêmes erreurs. De superbes ombres sur des pantalons ou des chemises mais absolument rien sur les éléments architecturaux disposés aux alentours. Des petits bouts d'herbe pathétiques faits de poils de balai arrachés à la hâte -ou pire, tirées de planches de photodécoupe, des figurines éparpillées sur des surfaces trop grandes -c'est sûr qu'on a le temps de bien voir chaque figurine peinte exquisément mais bon, la scène ne ressemble plus à rien au final etc etc . Si peu de talent en somme. Évidemment à coté de toute cette avalanche de précision en peinture de figurines ma figurine semblait peinte par un parkinsonien mais qu'est ce qu'elle vomissait la couleur au milieu de la mer de gris !
Alors je suis revenu chez moi le cœur léger, persuadé de la justesse de ma vision des choses, me disant que quelques années de pratique ainsi qu'un bon optivisor pourraient me propulser à l'endroit ou je veux aller.
En fin de course je suis assez satisfait de voir qu'au final Jaws produit de bonnes vibrations vu qu'aucun de mes anciens dios n'a eu autant de succès en dehors du monde de la maquette. Les gens semblent le voir comme étant un travail relaxé et positif ce qu'il n'est pas en réalité. Au final j'ai construit ma propre interprétation pour Jaws. Ce boulot reflète mes propres inquiétudes par rapport au fait d'avoir un enfant en ce bas monde, un avenir incertain devant et derrière, le doute au dessus et le danger au dessous.
Au final je voudrais remercier Kitmaker mais aussi les colleurs de plastique et leur forum qui m'a montré que certaines personnes dans le monde de la maquette francophone valaient la peine d'être rencontrés, mais désolé, je ne pense pas que vous me reverrez l'an prochain à Lugdunum, une fois c'est assez pour une vie je suppose.


